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LE MAL POLITIQUE ALGÉRIEN : LE BOUMEDIENISME RATTRAPÉ PAR L’HISTOIRE

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default LE MAL POLITIQUE ALGÉRIEN : LE BOUMEDIENISME RATTRAPÉ PAR L’HISTOIRE

Message par lalileche le Dim 9 Déc - 14:30

Les contributions des moudjahidine Mohamed Maarfia et Mahdi Chérif ont fait l’effet d’un coup de tonnerre dans le microcosme algérois, au grand bonheur de nombre d’Algériens avides d’en savoir un peu plus sur leur histoire verrouillée, cloisonnée et étouffée par un système qui a l’air de mépriser la mémoire des hommes et des événements.

Leurs témoignages, à travers les colonnes du Soir d’Algérie, sont à applaudir, d’autant qu’il s’agit de faits et d’hommes que le système, mis en œuvre par Houari Boumediene, a voulu effacer de la mémoire collective.

D’évidence, le monde s’interroge sur le silence des stentors du boumediénisme d’autant qu’il s’agit de délits, de crimes et d’atteintes à la dignité humaine régulièrement portés sur la place publique.

Mais les dernières révélations en relation avec des héros de la Révolution de Novembre, les colonels Amirouche et Si El-Haoues, morts sans sépulture et leurs dépouilles enfouies dans les sous-sols d’une gendarmerie, après avoir subi le même sort dans une caserne militaire de l’armée française, outre qu’elles donnent froid dans le dos, ne sont pas de nature à honorer les auteurs de ce délit de profanation…

Méditons cette maxime : « Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. »

En guise de réponse, l’opinion publique a eu droit à un fatras d’arguties agités depuis le 13 octobre 2011, date du premier article de Mohamed Maarfia, par une petite poignée de thuriféraires et autres laudateurs du régime de Boumediene avec lesquelles ils n’arrivent à convaincre personne.

Mais la plus surprenante des réponses, vient sans doute de Noureddine Boukharouba, livraison du Soir d’Algérie du 30 décembre 2011, dont voici résumé en substance le contenu et le style : « Qu’on nous dise pourquoi Houari Boumediene, dont le seul regard faisait trembler les plus endurcis de ses adversaires, pourquoi donc aurait-il eu peur de quelques ossements de qui que ce soit… »

Si M. Noureddine Boukharouba ne renie pas la réputation d’un parent qui inspirait la peur, il semble, à en juger par les propos, qu’il en tire motif à gloriole !

Cela peut à la rigueur se comprendre, mais la question lancinante qui reste posée est de savoir si l’Algérie gagnait à être gouvernée par la peur ou la raison ?

Ce faisant, par de telles déclarations, n’enfonce-t-il pas un peu plus l’homme de tous les coups de force : dont les plus connus sont les coups d’Etat de 1962 contre le Gouvernement provisoire, de 1965 contre Ben Bella, l’homme coopté par lui trois ans plus tôt…

Paradoxalement, la réponse de N. Boukherrouba ne fait que justifier, si besoin est, l’insurrection du 14 décembre 1967 (qu’il considère comme « trahison, déloyauté, et tutti quanti« ) contre le pouvoir d’un colonel qui avait suscité beaucoup plus la crainte au lieu d’inspirer le respect, l’admiration, voire l’amour…

Ne serait-ce pas du pur sadisme pour un homme d’Etat de faire trembler son monde ?

Les Algériens ne lui ont pas exigé de lire, de s’imprégner et de respecter les idées des Lumières, mais il y avait un minimum de morale politique à observer envers un peuple encore traumatisé par une sale guerre ayant duré plus de 7 ans…

Au-delà du résultat, de cette tentative de coup d’Etat de 1967 relaté par Mohamed Maarfia et Mahdi Chérif en toute objectivité et que M. N. Boukharouba juge « lamentable« , le fait de s’insurger prouve que ces hommes ne tremblaient pas devant Houari Boumediene et le régime de terreur par lui instauré.

En effet, il fallait beaucoup de courage, dans un pays tenu d’une main de fer, à quelque 5 000 personnes d’entrer en dissidence à cette époque, dont 2 000 environ furent interpellées et des centaines enfermées (sans jugement) pendant des années dans des prisons dont la plus sinistre et la plus inhumaine était certainement la prison militaire d’Oran (1).

Les propos du neveu de Boumediene sont pour le moins étranges. Ils sont tenus par un universitaire de son état, nanti d’un titre scientifique réputé être guidé par l’idée de raison et la rigueur des connaissances vérifiables de l’être humain.

Celui qui semble « peiné par la haine et la désinformation subies par son pauvre oncle » doit sans doute ignorer que ces gens et leurs compagnons d’armes, leurs proches, leurs amis, leurs voisins, se comptant par centaines dans ce cas, n’ont pas fait état (certainement par pudeur ou par décence), de ce qu’ils ont subi personnellement dans les geôles, et leurs familles à l’extérieur, comme atteintes à la dignité humaine, au droit de la personne et des prisonniers politiques… quoique le moudjahed Mahdi Cherif en avait fait allusion dans sa contribution….

Et voilà en quels termes injurieux, vindicatifs, voire hargneux M. Boukharouba traite des hommes qui se sont élevés contre le pouvoir d’un colonel qui assume sa dictature (exempt selon son neveu de tout reproche), pour faire trembler tous les Algériens en désaccord avec lui : (« Cette brochette d’ex-officiers rebelles, copains issus d’un même «douar » ; « …Ils se tenaient au garde-à-vous devant ces grands chefs d’alors, sans oser lever les yeux ni dire un mot… » ; Ils ont trahi leur frère d’armes d’hier lors de la tentative de putsch lamentable de décembre 1967 et tenté de l’assassiner par la suite… »; « La déloyauté et la trahison sont les titres de noblesse de ces mercenaires de la plume… »

Enfin ! on peut comprendre le fanatisme et la sublimation du règne de Boumediene par ses idolâtres et a fortiori par son parent, mais sachons raison garder : au nom de quelle légitimité, ou pour quel autre motif un Algérien (soldat ou civil) accepterait-il de se mettre «au garde-à vous et sans mot dire» en voyant son pays livré à la merci d’un dictateur ?

A elle seule, cette phraséologie de glorification de Boumediene et de son règne est une sentence sans appel du boumédiénisme et elle justifie pleinement tous les actes de rébellion, les tentatives de coup d’Etat et d’assassinat dont fut l’objet cet homme en 1967, en 1968, etc.

Le boumediénisme, en tant que système de pouvoir autocratique et cryptocratique, est fondé sur l’absolutisme beylical d’esprit et l’autoritarisme militaire de fait, matérialisés par des coups de force, précédés de calculs froids, alimenté par la paranoïa et la méfiance envers tout le monde, ayant pour lubrifiant la ruse paysanne et appuyé d’une seule devise : « La fin justifie les moyens. »

N’oublions pas que l’unanimité contre cet homme ne remonte pas à 1967, ou 1968, elle commença en 1962 lorsque le GPRA lança un mandat d’arrêt contre « cet officier rebelle » (sic) et ses compagnons de l’EMG…

Un proverbe dit : « On ne reçoit qu’en raison de ce que l’on donne. »

Et ce n’est pas un hasard si tous les historiques de la première heure ou presque (Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf, Krim Bekacem, Mohamed Khider, le colonel Mohamed. Chaabani, Bachir Boumaza), et tant d’autres hommes politiques en 1967 (Tahar Zbiri, Laroussi Khélifa, Azziz Zerdani), puis dans les années 1970, Ferhat Abbas, B. Benkhedda, Cheik Kheirdine, Lahoual, etc., se sont opposés à la mainmise totale de cet homme sur le pays…

Comme si le destin d’un pays ne pouvait dépendre que de la volonté d’un seul homme…

Ces moudjahidine ne se sont pas soulevés contre Boukharouba ou Boumediene en tant qu’officier ou individu, mais contre le boumediénisme en tant que système fait de mépris et de culte de la personnalité, en refusant précisément de « trembler, de se mettre au garde-à-vous et rester sans mot dire » devant un militaire dont le credo politique est la ruse et la force. Tahar Zbiri avait échoué, parce qu’il considérait le dialogue comme le propre de l’homme politique.

Profitant de ses considérations et atermoiements, Boumediene, poursuivant l’objectif d’être le maître absolu du pays, n’hésita pas une seconde : non seulement il provoqua le clash mais il prit en outre le parti d’engager l’épreuve de force, selon son concept favori : « La fin justifie les moyens. »

Nul ne conteste le droit à N. Boukharouba de prendre la défense et vanter le courage de son oncle, mais il ne doit pas omettre que l’histoire ne parle plus d’un « pauvre oncle (sic)« , mais d’un homme public qui a fait le choix de faire de la politique, de surcroît en s’emparant et en confisquant la souveraineté du peuple algérien.

Où est donc la « haine et la désinformation » lorsque de nombreux témoignages font état des cruautés d’un homme qui avait fait parler la poudre dans les rues, ordonner des descentes de la milice politique dans les foyers, commanditer des barbouzes pour liquider des opposants dans des hôtels à l’étranger, pousser les geôliers à maltraiter des détenus politiques dans les prisons, séquestrer des dépouilles d’authentiques héros du pays, etc., à chaque fois que son règne était menacé ?

De grâce, si les propos et articles parus dans différents médias nationaux et étrangers, sur le compte de Boumediene et de son règne, sont faux, il faut le dire de façon concrète et argumentée et non en ayant recours à l’insulte et aux faux-fuyants.

Comme on dit, il n’y a jamais de fumée sans feu, sinon comment s’expliquer cette contestation régulière, y compris dans le fief-même de Boumediene, lorsque des habitants sont sortis dans les rues à Annaba, Guelma, et d’autres villes de l’est algérien, pour manifester leur désapprobation contre le coup d’Etat en 1965.

En guise de réponse, ce fut un bain de sang provoqué par les hommes de Boumediene qui tiraient dans le tas sur les manifestants, avec un bilan de dizaines de morts et un nombre incalculable de blessés et d’internés. Pourquoi le règne de cet homme fut-il aussi marqué par la violence et la répression sanglantes ?

Au sujet du 19 juin, il eût suffi de publier le livre blanc, promis au lendemain du coup d’Etat, pour expliquer aux Algériens les raisons de son geste envers son prédécesseur…

Comme le pouvoir de Boumediene fut usurpé, il ne trouvait nulle racine où puiser sa légitimité…

Ainsi, faute de justification institutionnelle, a-t-il régné tout ce temps dans un état de pseudo « légitime défense » que ses idolâtres rabâchent sans cesse : « Il est nationaliste, il défend l’Algérie.« …

Mais contre qui ? Contre des Algériens qui manifestent dans les rues les mains nues ?

Cet homme n’a-t-il pas mis fin à toute légalité constitutionnelle en prononçant la dissolution de toutes les assemblées élues pour régner par ordonnances sur le pays en maître absolu ?

Et à la fratrie et aux ouailles de crier à la « trahison » et à la « déloyauté« , dès que des « non-khobzistes » refusent de servir la gloire, les intérêts et la soif de pouvoir d’un dictateur, dont le tour de force fut de jouer la division des membres de la junte et des clans qu’il anime et dont beaucoup de proches feront à un moment ou un autre défection…

Comme le boumediénisme s’était imposé par la répression des Algériens, il est aisé de comprendre les autres alternatives faites de révoltes, même au prix de l’échec (T. Zbiri, A. Mellah, etc.), l’exil à l’étranger avec le risque de se retrouver « suicidés » (Krim Belkacem, Mohamed Khider, etc.) ou bien de moisir dans les prisons (la multitude, à commencer par Benbella)…

Pour le coup, étaient-ils tous « copains et du même douar » ? A preuve, même parmi le dernier carré de fidèles, rescapés du Conseil de la révolution, il s’est trouvé en 1974/1975 quelques-uns, devant les méthodes peu orthodoxes de leur chef, à faire à leur tour de la résistance ouverte ou larvée (Kaïd Ahmed, A. Medeghri, A. Bouteflika, A. Draia, etc.). Boumediene, après avoir transformé l’Algérie en prison à ciel ouvert que les Algériens ne pouvaient plus quitter sans « une autorisation de sortie du territoire« , s’est par la suite lancé dans une véritable traque des opposants.

Voilà pourquoi il est poursuivi à son tour par l’histoire indomptable…

Comme tous les dictateurs, cet homme ne semble pas avoir compris beaucoup de choses et en particulier un aspect fondamental en politique : un pays ne se gouverne ni au son du clairon, ni avec des détenus en prison, ni à coups de citation des versets du Coran !

Un pays se gouverne par le dialogue et l’échange, dans la liberté totale et la confiance mutuelle entre l’ensemble du corps social et politique, sans quoi il ne connaîtra jamais la paix !

Mais apparemment il n’est pas le seul à ne l’avoir compris.

Il se trouve hélas des intellectuels et même des anciens maquisards, ayant fait très tôt (à partir de 1962) la course de fond aux prébendes, aux privilèges et aux postes de sinécure, qui chantent aujourd’hui des louanges à la gloire de Boumediene…

On peut certes mentir aux hommes, étouffer des événements pendant un temps, mais pas indéfiniment car l’histoire est un juge implacable qui prend tout son temps pour séparer le bon grain de l’ivraie.

Pour en finir avec la propagande politique, entretenue pendant des décennies par le système, sur le personnage et le mythe de Boumediene, selon lequel tout allait bien en Algérie durant son règne, n’était la faute de ses successeurs, incapables de poursuivre son œuvre, et tutti frutti, il est temps de remettre les pendules à l’heure pour qu’enfin cesse le leurre des Algériens avec de tels propos pour le moins mensongers.

Si avant qu’il ne soit rappelé à Dieu, cet homme avait laissé une maison moins cryptocratique (où tout est enfoui, caché, enveloppé de secrets que lui seul connaissait…), l’Algérie aurait été certainement plus transparente, pour pouvoir assurer la suite dans de bonnes conditions avec, notamment, « les institutions qui survivront à l’histoire et aux hommes« , dixit Houari Boumediene.

Qu’en était-il de ces belles phrases, au lendemain de sa mort ? Il a fallu un conclave de plusieurs mois pour départager les prétendus « légataires universels« …

La lourde responsabilité de Houari Boumediene

Un pays, une ville, un village, une maison ou une nation sont bâtis par des pères fondateurs. S’agissant d’un pays, il vit d’autant plus longtemps qu’il a des fondations solides, connues sous le nom d’institutions de l’Etat…

Les institutions reposent sur des structures politiques et sociales établies dans un corpus de textes juridiques, à la tête desquels se trouve la Constitution, loi suprême du pays, définies à partir d’un choix de société, résultant naturellement de consensus ou de compromis…

La République de San Marin (voisine de l’Italie) est la plus vieille république moderne, avec la Constitution la plus ancienne (élaborée vers 1300) de six tomes et plus de trois cents rubriques, résultant de compromis, de traités, d’alliances et de consensus politiques, obtenus par une poignée de seigneurs et de familles vers 1600 ; c’est la solidité de ses institutions et la qualité de ses hommes qui a fait d’un territoire de 61 km2 (peuplé aujourd’hui d’environ 30 000 habitants seulement), un Etat tellement respectable que même Napoléon Bonaparte n’osera pas envahir, par admiration et respect de ses lois et de ses hommes…

Aux États-Unis, le consensus est partout dans les institutions du pays (Convention, Congrès, Sénat…).

Cette logique avait conduit à l’élaboration de la Constitution des Provinces Unies en 1787, fondée sur le principe intangible d’un gouvernement tenu par l’obligation du respect du droit des citoyens, de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs, etc.

En France, si on fait un survol rapide des différentes fondations du pays, depuis Clovis à Charlemagne, en allant vers l’Ancien Régime, et ce, jusqu’à la Révolution française de 1789, année de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, les nouvelles fondations sont le résultat d’un compromis entre les révolutionnaires et la noblesse.

Les couleurs mêmes du drapeau français sont le résultat d’un consensus entre le blanc, emblème de la royauté et de la noblesse et le bleu et le rouge (couleur de la ville de Paris), choisis par les révolutionnaires.

Si la maison Algérie va mal aujourd’hui, la principale cause en est l’absence de consensus depuis l’indépendance.

Du coup, repose-t-elle au départ sur des fondations branlantes à cause de dessins faits et de matériaux utilisés in absentia : absence de deux conditions sine qua none, sans lesquelles aucune congruence n’est possible : les aspirations réelles (pas supposées) du peuple et le consensus de ses composantes politiques et sociales.

En l’absence de ces deux conditions, l’Algérie s’est dotée d’abord d’un certain type d’institutions, inspirées par le clan d’Oujda à sa tête la troïka Ben Bella (qui deviendra chef de gouvernement), Khider (secrétaire général du FLN) et Boumediene (ministre de la Défense) ; en dehors de ces compromissions de prise du pouvoir, les compromis ou consensus historiques nécessaires furent mis de côté, en même temps que les autres acteurs politiques n’avaient pas voix au chapitre, ne serait-ce que pour savoir où va l’Algérie ?

Outre de s’entendre également sur la définition de certains concepts, comme par exemple le « socialisme spécifique« , dont la vacuité n’a d’égale que son insignifiance à l’épreuve du terrain… sauf à rendre le beylik omnipotent et omniscient…

Contre la volonté des congressistes à l’intérieur de la salle du congrès et du peuple à l’extérieur, le Congrès d’Alger avait pondu en 1964 la Charte éponyme, consacrant le bicéphalisme des deux premières institutions (Etat-Parti) placés sous la présidence de Ahmed Ben Bella tout seul ; Khider s’étant démis du poste presqu’un an plus tôt… Ben Bella savourait sa victoire, mais il n’ignorait pas que ce tête-à-tête avec le patron de l’armée, son vice-président de surcroît, sera lourd de menaces pour son règne…

Dès lors, une course au trône allait s’engager, mais l’important pour les deux protagonistes et leur clan était que chacun fasse en sorte que son institution puisse contrôler sans être contrôlée ni contrôlable…

Pourtant, Boumediene facilitera à Ben Bella la transformation du parti et de l’Etat (en Parti-Etat), pour écraser avec leurs puissants démembrements les oppositions, la société, le citoyen et dans la foulée rendre le raïs comptable de toutes les erreurs et faux pas, de manière à justifier le coup d’Etat en gestation…

Mais à partir du 19 juin 1965, Boumediene, grand vainqueur du pugilat, lança une vaste entreprise de démolition des hommes, des institutions de l’Etat et celles du parti, remplacés par l’arbitraire et le favoritisme.

D’ailleurs, même le FLN (son mythe épargné pour servir plus tard de faire-valoir) fut désacralisé et le titulaire du poste, habituellement appelé SG du bureau politique, sera rapetissé au statut de « responsable de l’appareil du parti« , juste pour signifier à tout le monde que Boumediene était le seul maître à bord …

Avec un espace politique cadenassé, des institutions fermées et des élus renvoyés, Boumediene se servira un temps du pseudo-Conseil de la révolution, qui ne s’est réuni qu’en quelques rares occasions, objet de la ruade de Tahar Zbiri et la tentative de coup d’Etat de 1967.

En parallèle, il se reposera sur certains corps de l’administration pour penser et élaborer les lois et règlements, etc.

Sous d’autres cieux, l’administration exécute les lois et sert de relais entre l’Etat et le citoyen…

En Algérie, elle grignotera de tels espaces de pouvoirs qu’elle finira en bureaucratie (pouvoir des bureaux), exerçant ses tâches avec mépris du citoyen et dans l’impunité, ce qui en fera la branche exécutive du gouvernement la plus honnie du pays.

C’est le privilège de ce pouvoir inédit de rester impuni, en compensation de tous les services rendus : chiffres statistiques tronqués, élections truquées avec des pourcentages qui donnent le tournis, par exemple des 98% et 99% de oui…

Les fonctionnaires dignes de ce nom, et l’auteur en connaît une foultitude pour avoir servi à leurs côtés, furent mis dans des voies de garage et remplacés à des postes-clefs par certains sbires « au garde-à-vous et sans mot dire« , pour recevoir des injonctions et obéir au leitmotiv : « C’est une décision politique, on ne discute pas. »

Mais le pouvoir et les interdits aidant, la bureaucratie rencontrera en chemin la corruption (chipa), inaugurée à grande échelle en 1967 avec l’avènement de l’autorisation de sortie du territoire, suivant un barème, variant selon les villes, les circonstances et la durée de l’autorisation de 500 à 3 000 DA, représentant beaucoup d’argent à l’époque, quand on sait que le Smig était de 450 DA.

Mais véritablement, la curée commencera le jour où Boumediene prononça du haut de son «minbar» l’absolution des dignitaires du régime et de leurs sbires dénoncés par la presse internationale pour ivresse avancée par excès de pots-de-vin, en déclarant : « Quoi de plus naturel que celui qui travaille dans le miel, trempe son doigt dans le pot. »

Au fil des ans, arbitraire et chipa n’ont fait que grossir inexorablement, n’épargnant plus personne, même pas le simple appariteur, dont la mission de recevoir des gens, pour les renseigner seulement, se permet de faire admettre dans un bureau ou renvoyer à sa guise les citoyens sans autre forme de procès ; les bureaucrates derrière leurs bureaux et guichets interprétant ou créant dans l’impunité leurs propres lois et règlements.

N’a-t-on pas vu des circulaires neutraliser des ordonnances ou bien des lois promulguées et jamais appliquées pour certains et exacerbées pour d’autres ?

Pourquoi s’en priver quand le pays est dirigé sans institutions et sans élus, sans contre pouvoirs ni de lieux où se plaindre…

Donc, au lendemain de la disparition de Boumediene, la situation était déjà inextricable(*), dans tous les domaines. (*) Dans les Aurès et dans l’est algérien, on invoquait un personnage mythique, à la force et à l’intelligence hors du commun, du nom de Amar Bouzzouar, pour dire que « l’entreprise restera vaine… » Qui est responsable de cette déconfiture totale ?

Mis à part un bref intermède de trois ans où Benbella était co-dessinateur muni d’un petit crayon, le grand architecte du système, le maître d’ouvrage et tout à la fois fut, sans conteste (et le restera pour la postérité), Houari Boumediene…

Passons sommairement au bilan économique et social de cet homme dont il nous est vanté la vision et la stratégie.

L’Algérie était déjà exsangue économiquement à la mort de Boumediene.

En effet, après avoir été le premier exportateur des produits de la terre du bassin méditerranéen dans les années 60, avec des chiffres qui dépassaient le million de tonnes, dont une part importante à l’état de primeurs (chiffres atteints par le Maroc seulement au milieu des années 2000), les recettes en devises de l’Algérie n’ont fait que décliner d’année en année pour atteindre aujourd’hui 2% hors hydrocarbures.

Les chiffres sont là pour montrer qu’en 1978, l’Algérie était déjà mono-exportatrice du pétrole ; produit grâce auquel elle vivait déjà sous perfusion grâce à la situation de rente provoquée par le premier choc pétrolier (1973) et le deuxième en 1976…

Les errances ne se résument pas seulement à l’échec des « trois glorieuses révolutions« , mais elles furent marquées par d’autres initiatives malheureuses, dont je n’en évoquerai que les situations les plus criantes : la prétendue révolution agraire vit de nombreuses parcelles enlevées de force à leurs propriétaires, pour voir in fine leurs terres abandonnées en jachère perpétuelle et le pays mis à terre par les pénuries ; la fallacieuse révolution industrielle, fondée sur la prétendue « industrie industrialisante » qui a pompé tout le génie, l’énergie et l’argent de l’Algérie, se retrouvant en train d’importer des voitures Tchilougui russes, des Polski, des Zastava yougoslaves, des Dacia roumaines, alors que le pays couvrait largement ses besoins avec la Caral Renault ; aujourd’hui notre pays cherche désespérément un partenaire pour re-créer une industrie automobile ; c’est qu’ »à l’époque, dira le docteur en économie Rachid Boudjema*, l’Algérie avait fait fausse route en matière de choix économiques…

Elle a démarré dans les années 1970 sur l’idée erronée de la possibilité d’acheter plutôt que de construire un système productif » ; au moment où Chinois et Soviétiques cherchaient, dans les années 1970, des ouvertures libérales, l’Algérie nationalisait obstinément des pans entiers de l’économie, dans un but d’aliénation des Algériens pour les rendre tributaires du seul système ; la politique de cogestion (GSE), instaurée au début des années 70, a eu pour seul effet de mutiler les bras des travailleurs et d’empêcher les gestionnaires de sociétés nationales d’avancer, neutralisés par les cactus semés sur leur chemin par des cellules syndicales, avec lesquelles ils étaient constamment aux prises, dès lors que celles-ci étaient remontées comme des réveils par un discours aux accents populistes, dont Boumediene s’avèrera un sophiste hors pair ; de là sont nées les crises de la sanction (positive et négative) et de l’autorité dans la gestion du pays, en donnant l’impression « au collectif des travailleurs » qu’il était promu à la barre ; depuis 1973, la médecine au rabais était née, mais en fait elle était aussi gratuite que l’acte lui ayant donné le jour, dès lors que les cotisations sociales continuaient à être prélevées sur les fiches de paie mensuelles des salariés et les indigents bénéficiaient comme auparavant de l’AMG (assistance médicale gratuite), instaurée en 1947 dans tous les centres de santé du pays ; l’exode rural, encadré pendant la guerre par Paul Delouvier, dans le but de contrôler les populations et de casser les liens avec les « fellaga« , à travers sa fameuse politique de regroupement qui deviendra dans le plan de Constantine , continuera sous Boumediene, lequel reprendra à son compte l’idée du délégué général du gouvernement français, en changeant juste l’intitulé : « 1 000 villages socialistes » ; l’école fondamentale, l’arabisation, les mathématiques modernes, la méthode globale d’enseignement, politique menée au pas de charge in absentia (sans que les intéressés et concernés, en l’occurrence le corps enseignant et les parents d’élèves, ne puissent dire mot), furent autant de causes du bouleversement de l’enseignement et de la société ; les dettes du pays, dont il était interdit de piper mot, furent de 19 milliards pour la dette civile et de 7 milliards de dollars de dette militaire, à la fin de l’année 1978…

Si l’histoire officielle fait l’impasse sur le bilan de Boumediene et de ses successeurs, en refusant l’élaboration de « livres blancs« , de livres verts, d’audits de gestion et autres quitus, apparemment Internet a l’air de combler cette lacune avantageusement…

D’ailleurs, jamais proverbe en usage dans le pays n’aura eu autant de signification aujourd’hui, comme : « Cacher le soleil avec un tamis. » Qu’on se le dise, tous les mythes et mystifications, même les plus méticuleusement élaborés, finiront par perdre cette apparence de vérité et rejaillir à la face de leurs auteurs, à travers la Toile, et ce, à une échelle planétaire et dans toutes les langues.

Si le peuple algérien avait soldé ses comptes en 1962, notamment avec la révolution de Novembre et toutes ses représentations, l’Algérie n’aurait pas attendu 50 ans pour découvrir sidérée la dilapidation et la gabegie à grande échelle, des meurtres, des assassinats, des luttes fratricides pour le pouvoir par les frères de combat, notamment à travers des révélations, comme celles de Mohamed Maarfia et Mahdi Chérif, auxquels il faut rendre un hommage appuyé pour leurs courage et probité…

La seule institution qui sortira grandie de cette histoire est sans doute l’ALN, grâce sans doute à la suite dans les idées de Boumediene de l’«épurer» de ses anciens maquisards contestant son pouvoir, en la préservant dans un musée… Si le FLN avait pu connaître le même sort, en entrant dans les vestiges de l’histoire, comme propriété et symbole de la lutte de tout un peuple, son nom ne serait pas devenu un instrument involontaire, balloté entre les mains de clans, d’oligarchies et la propriété privée de gens en lice pour le pouvoir et le partage de la rente…

En son nom, et pendant longtemps, la marmite était verrouillée et lorsque le couvercle a fini par sauter, apparaît alors l’image d’une pauvre Algérie malheureuse, malade, maltraitée, pervertie, violentée, souillée…

N’est-il pas encore temps de suivre l’exemple de l’Afrique du Sud, pays qui a eu l’intelligence de constituer une « Commission justice et vérité« , présidée par l’archevêque Desmon Toutou, un homme au-dessus de tout soupçon, pour solder tous les comptes en suspens et se consacrer désormais à son développement économique, social et culturel…

L’Algérie aura-t-elle le courage, la sagesse et la volonté politique d’en faire autant, en ouvrant une nouvelle page d’histoire avec une Deuxième République ? On demande à voir, mais a priori il est permis d’en douter !

Kamel Khelifa, auteur

1) Cf. à cet égard, les conditions de détention dans cette prison, décrites dans ses mémoires par le Dr Ahmed Taleb El-Brahimi, qui eut droit lui aussi aux geôles de son pays.

* Economie du développement de l’Algérie 1960-2010,édition Dar El-Khaldounia
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